Dysphonie (ou trouble de la voix)

Quand la voix change

Voix

Le son de la voix, qui permet de parler et de chanter, est généré par les cordes vocales, situées dans le larynx. Les plis vocaux, couramment appelés cordes vocales, produisent des vibrations qui résonnent dans la gorge, la bouche et le nez, pour créer la voix humaine. La voix présente plusieurs caractéristiques sonores qui nous permettent de la décrire :

  • elle varie en hauteur - d’aiguë à grave;

  • elle varie en intensité - de forte à basse;

  • elle possède différentes qualités - claire ou rauque, nasillarde, éteinte, étouffée.

De plus, puisque la voix est produite par un ensemble de structures anatomiques, elle peut révéler des caractéristiques propres au geste moteur utilisé pour la générer, telles que :

  • l’effort physique déployé pour la produire (aisé, tendu, inconfortable, fatigable);

  • la coordination entre les différents systèmes qui la produisent (poumons, larynx, langue) - stabilité, chevrotement, projection.

Ces caractéristiques permettent à chaque voix humaine d'être unique, et d’évoluer tout au long de la vie.

Causes et facteurs de risque

Les troubles de la voix peuvent être causés par plusieurs conditions, de type médical, physiologique, comportemental, environnemental ou psychosocial. De plus, certains facteurs de risque augmentent la probabilité de développer un trouble de la voix.

Facteurs médicaux et physiologiques

  • Condition médicale ou neurologique (ex. : traumatisme craniocérébral, maladie de Parkinson, accident vasculaire cérébral [AVC]).

  • Conséquentes à une chirurgie ou un traitement médical (ex. : trachéotomie ou laryngectomie).

  • Atteintes anatomiques comme une paralysie des plis vocaux, des polypes ou des nodules.

  • Reflux gastro-œsophagien qui irrite les plis vocaux.

  • Infections respiratoires fréquentes (ex. : laryngites, rhumes, allergies, congestion nasale chronique).

  • Changements vocaux avec le vieillissement de la voix.

  • Changements posturaux.

Facteurs comportementaux et environnementaux

  • Surutilisation de sa voix ou technique vocale sous-optimale (ex. : parler longtemps, fort ou souvent, crier, chanter sans entraînement; manque de repos vocal ou fatigue générale).

  • Tabagisme (actif ou passif).

  • Consommation excessive d’alcool.

  • Environnements bruyants qui incitent à parler plus fort.

  • Exposition à des agents irritants (ex. : fumée, vapeurs, air sec ou pollué).

Facteurs psychosociaux

  • Stress professionnel ou personnel.

  • Anxiété et tensions émotionnelles pouvant entrainer une hyperfonction vocale.

  • Dépression, conflits interpersonnels, traumatismes.

Ces facteurs peuvent agir seuls ou en combinaison, ce qui souligne l’importance d’une approche globale en prévention et en prise en charge des troubles de la voix.

Manifestations du trouble de la voix

Puisque la voix est le résultat d’une interaction complexe entre différents éléments physiques et psychiques, la dysphonie peut se manifester de manière très différente entre les individus, dépendamment de la problématique sous-jacente.

  • Voix rauque ou voilée

  • Voix faible ou soufflée

  • Effort pour parler, sensation de tension dans la gorge

  • Fatigue vocale - prématurée ou persistante

  • Pertes de voix fréquentes

  • Douleur ou inconfort en parlant

  • Voix inhabituellement aiguë ou grave

  • Bris de phonation (voix qui casse)

  • Voix tremblante, tremblotante ou chevrotante

  • Aphonie (impossibilité de produire de la voix)

Ces manifestations peuvent être passagères, par exemple après une infection des voies respiratoires ou un épisode de stress. Il s’agit alors d’une dysphonie transitoire.

Cependant, il pourrait s’agir d’une dysphonie persistante ou chronique lorsqu’elles :

  • persistent au-delà de six semaines;

  • reviennent régulièrement (chaque semaine, saison ou année);

  • limitent les activités professionnelles, sociales ou personnelles de manière durable.

Impacts d'une dysphonie

Un trouble de la voix peut affecter :

  • la vie personnelle : fatigue, frustration, stress, baisse de confiance;

  • la vie sociale : isolement, anxiété à parler, incapacité à réaliser ses activités vocales habituelles;

  • la vie professionnelle : difficulté à répondre aux exigences vocales nécessaires à l’exercice de ses fonctions.

Qui est à risque d’une dysphonie ?

Le trouble de la voix peut toucher tout le monde, et plus particulièrement les personnes qui utilisent leur voix de manière intensive et quotidienne. La dysphonie est l’un des problèmes de santé les plus courants chez les personnes qui utilisent souvent leur voix comme les personnes enseignantes, qui chantent ou qui travaillent en centre d’appels.

« 70 % des enseignantes et enseignants auront un problème de voix au cours de leur carrière. »

Les personnes qui fument

Elles sont jusqu'à cinq fois plus susceptibles de présenter un trouble de la voix en raison de l'irritation constante des plis vocaux causée par les toxines présentes dans la fumée.

Les femmes

Elles présentent un risque deux fois plus élevé que les hommes de développer un trouble de la voix, en raison notamment de l’influence des hormones féminines et parce que leurs plis vocaux sont généralement plus petits et plus fins.

Les personnes ainées

En vieillissant, environ une personne sur cinq présente une voix plus faible ou enrouée, dû au fait que les plis vocaux perdent peu à peu de la souplesse et du tonus avec l’âge.

Les enfants

La dysphonie peut être causée par certaines habitudes vocales, comme parler fort, crier ou chanter fréquemment. Elle peut aussi être liée à des particularités du développement sensorimoteur qui influencent la façon dont l’enfant contrôle et coordonne sa voix. Ainsi, certains enfants peuvent avoir une voix rauque ou soufflée de façon persistante, même s’ils n’utilisent pas leur voix de manière excessive.

Et vous ?

Même sans profession ou activité qui exige une utilisation fréquente de la voix, un simple stress ou une infection des voies respiratoires peut suffire pour créer une gêne, une fatigue vocale, un changement de la qualité vocale ou un trouble de la voix.

Prévenir un trouble de la voix

Comme pour tout autre mouvement du corps, entraîner, renforcer ou préserver la voix permet généralement d’éviter l’apparition de blessures. Prendre soin de sa voix, c’est protéger un outil essentiel pour communiquer. Souvent, de simples ajustements à vos habitudes de vie feront une grande différence pour votre santé vocale.

Adoptez de saines habitudes de vie

  • Hydratez-vous beaucoup et régulièrement : lorsque nous produisons la voix, les plis vocaux vibrent tellement rapidement que leur mouvement est invisible à l’œil nu. Une bonne hydratation garde vos plis vocaux souples, ce qui favorise une vibration saine, de même qu’une production vocale efficace.

  • Dormez suffisamment : un repos suffisant réduit la fatigue musculaire et facilite l’utilisation de votre voix au quotidien.

  • Adoptez une alimentation adaptée : la gorge joue un rôle central pour respirer, produire la voix et avaler. À cause de cette triple fonction, le reflux gastrique — lorsque l’acide de l’estomac remonte vers la gorge — peut irriter les plis vocaux et nuire à leur bon fonctionnement. Réduire la consommation d’aliments qui favorisent ce reflux est donc une manière efficace de protéger sa voix et de prévenir les irritations.

  • Mettez en place des stratégies de gestion du stress : la voix est un vecteur de transmission des émotions. Un cerveau détendu envoie moins de tension aux muscles, ce qui se reflète positivement sur la voix.

  • Réduisez l’exposition aux irritants : le tabac, le vapotage, la pollution et certaines allergies peuvent nuire à la santé respiratoire et du larynx. Cela peut réduire l’endurance de votre voix et détériorer votre qualité vocale.

Utilisez votre voix de façon appropriée

  • Prenez conscience de l’effort que demande votre voix au quotidien : pour préserver sa voix, il est essentiel de prêter attention aux efforts que vous mettez pour la produire. Si vous remarquez, au fil du temps, une sensation de tension, un serrement, ou l’impression de devoir « forcer » pour parler, cela peut indiquer que vous utilisez votre voix de manière trop exigeante. Un tel effort n’est généralement pas soutenable à long terme et peut fragiliser votre appareil vocal. L’orthophoniste peut alors vous accompagner pour apprendre à mieux doser et répartir cet effort, afin de produire votre voix de façon plus confortable et durable.

  • Évitez de chuchoter : pour chuchoter, il faut généralement mettre en tension certaines zones de la gorge qui sont tout près des plis vocaux. Ainsi, contrairement à ce qu’on pense, chuchoter demande souvent plus d’effort aux plis vocaux et peut les fatiguer.

  • Faites travailler votre voix régulièrement : si vous parlez peu ou si votre voix se fatigue vite, il se pourrait qu’elle soit « déconditionnée ». Dans ce cas, il pourrait être bénéfique d’intégrer de courtes séances d’utilisation vocale pour « réentrainer » votre voix. Cela peut se faire, par exemple, en lisant à voix haute ou en fredonnant. Puisque les plis vocaux sont principalement faits de muscles : une utilisation régulière, à intensité normale, est souvent bénéfique.

  • Évitez de vous racler la gorge : se racler la gorge fréquemment ou avec force irrite les plis vocaux. Surtout, le fait de le faire souvent peut entrainer un cercle vicieux de sensation d’irritation, dont on cherche à se départir en se raclant encore plus la gorge. Si vous ressentez une gêne dans votre gorge, privilégiez d’avaler votre salive ou de boire quelques gorgées d’eau pour vous en débarrasser.

Portez attention à votre environnement

  • Protégez vous du froid : l’air très froid peut assécher ou irriter les voies respiratoires, surtout lors de sorties et de sports d’hiver. Couvrez votre nez et votre bouche à l’extérieur.

  • Maintenez une bonne humidité de l’air : un air trop sec assèche la gorge. Assurez vous d’avoir un taux d’humidité adéquat à la maison, surtout dans la chambre à coucher et au travail, et utilisez un humidificateur au besoin.

Quand consulter ?

À tout moment, il est possible de consulter une ou un orthophoniste pour obtenir des informations sur la santé vocale, des conseils pour maintenir votre voix en santé ou une évaluation de votre technique vocale parlée ou chantée. Il est recommandé de consulter dès que possible lorsque vous avez une inquiétude pour votre voix, ou que les signes suivants sont présents :

  • une voix rauque, cassée ou enrouée, qui persiste ou qui vient et qui repart épisodiquement;

  • des difficultés à produire des sons ou à moduler le volume de la voix (voix faible ou trop forte);

  • une sensation de fatigue ou d’inconfort lors de l’utilisation de la voix;

  • une perte de voix fréquente ou des périodes de voix absente (aphonie);

  • une modification de la qualité de la voix ou des capacités vocales (performances moins grandes);

  • un besoin de se racler fréquemment la gorge pour s’éclaircir la voix, se dérhumer.

Dans certains cas, une personne peut vouloir modifier sa voix lorsque les caractéristiques de sa voix (aiguë ou grave) ne correspondent pas à son identité (ex. : féminine ou masculine, jeune ou vieille).

Qui consulter ?

L'orthophoniste

Il n’est pas nécessaire d’avoir un diagnostic médical avant de consulter en orthophonie. L’orthophoniste peut évaluer votre voix et vous guider dans le processus. Elle ou il :

  • évalue la technique vocale (paramètres moteurs pour produire la voix) et les caractéristiques de la voix : respiration, posture, mouvements des plis vocaux, résonance, coordination des structures, intensité, fréquence, qualité;

  • analyse vos habitudes vocales, votre mode de vie et votre santé générale en fonction de leurs impacts sur votre voix;

  • évalue les impacts fonctionnels des difficultés vocales;

  • propose un plan d’intervention personnalisé incluant notamment des exercices et des stratégies à appliquer au quotidien. Les améliorations peuvent être observées rapidement ou après quelques rencontres;

  • recommande au besoin une évaluation avec la ou le médecin ORL (oto-rhino-laryngologiste).

La ou le médecin ORL (oto-rhino-laryngologiste)

  • Examine directement le larynx et les plis vocaux.

  • Établit un diagnostic médical et identifie les causes organiques ou neurologiques de la dysphonie.

  • Propose un traitement médical ou chirurgical pour traiter le trouble de voix, lorsque nécessaire.

  • Travaille en collaboration avec l’orthophoniste pour assurer une prise en charge optimale.

Où consulter ?

Selon les régions et les disponibilités, il est possible de retrouver des orthophonistes œuvrant en voix dans les centres hospitaliers, les centres de réadaptations et en clinique privée.

Où trouver l’orthophoniste ?