La communication dès les premiers instants de vie

« Le saviez-vous ? L’alimentation est une forme de communication. »

Chaque moment d’alimentation est bien plus qu’un simple geste qui contribue à la nutrition. C’est un moment d’échange de signaux subtils entre le bébé et ses parents. Les réactions du bébé, comme détourner le regard ou refuser le sein ou le biberon, reflètent ses besoins.

L’accompagnement de l’orthophoniste aide les parents à reconnaitre les signaux de leur bébé et à y répondre de manière appropriée. Ces interactions favorisent une régulation émotionnelle conjointe et soutiennent une relation harmonieuse.

Coordination nécessaire pour s’alimenter chez le bébé de 0 à 6 mois

La capacité du nourrisson à s’alimenter repose sur une coordination fine entre la succion, la déglutition et la respiration. Lorsque cette coordination est perturbée, cela peut entraîner chez le bébé :

  • des difficultés à téter au sein ou au biberon

  • une prise de poids insuffisante

  • des signes de stress ou de désengagement pendant les boires

  • des épisodes de toux ou d’étouffement

  • des changements respiratoires (ex. : tirage, augmentation anormale de la fréquence respiratoire ou respiration plus rapide que la normale)

Difficultés du bébé à s’alimenter : quand consulter ?

Les principales conditions associées aux difficultés d’alimentation chez les nourrissons sont une grande prématurité, certaines maladies, des particularités anatomiques, un trouble neurodéveloppemental et une condition médicale à la naissance. Toutefois, certains bébés peuvent aussi rencontrer des défis à s’alimenter même en l’absence de ces conditions.

Si la façon dont s’alimente votre bébé vous inquiète et que vous observez :

  • des difficultés à téter au sein ou au biberon : bébé a du mal à prendre le sein ou le biberon, blesse le mamelon ou le sein ou semble avoir de la difficulté à avaler correctement;

  • une prise de poids insuffisante, des signes de déshydratation ou de malnutrition;

  • de la toux, des étouffements ou des haut-le-cœur pendant les boires ou les repas;

  • des mouvements limités de la langue, des lèvres ou de la mâchoire;

  • des infections respiratoires fréquentes;

  • de la salivation excessive pendant les repas;

  • de la fatigue aux boires ou des boires très longs.

N’hésitez pas à en parler avec votre médecin, une professionnelle ou un professionnel de la santé et à consulter en orthophonie.

Rôle de l’orthophoniste

L’orthophoniste possède des connaissances approfondies sur les organes impliqués dans la parole, la voix, la respiration et la déglutition, ainsi que sur leur fonctionnement.

Chez le nourrisson, son rôle est double :

  • veiller à ce que le bébé avale de façon sécuritaire, efficace et agréable;

  • accompagner la famille dans leurs premiers échanges pour favoriser le lien parent-enfant et le développement de la communication.

L’orthophoniste évalue la déglutition en considérant :

  • le contexte de vie et l’histoire médicale de bébé;

  • les prérequis à l’alimentation comme une stabilité des signes vitaux (respiration, rythme cardiaque, température), un état d’éveil adéquat, des signaux de faim et une succion non nutritive;

  • les réflexes liés à l’alimentation (ex. : réflexe des points cardinaux et de nausée);

  • l’intégrité des structures anatomiques et les compétences oro-motrices (ex. : mouvements de la langue, des lèvres et de la mâchoire nécessaires pour téter et avaler);

  • le contexte d’alimentation (ex. : environnement, positionnement et matériel utilisé);

  • la coordination succion-déglutition-respiration;

  • le risque d’aspiration et de fausse route c’est-à-dire une entrée de salive ou d’aliment dans les voies respiratoires ou les poumons;

  • les signaux exprimés par bébé (ex. : regards, mimiques, réactions corporelles et pleurs).

L’orthophoniste offre de l’accompagnement aux parents pour :

  • observer, détecter et interpréter les signaux du bébé (ex. : satiété, bien-être, fatigue, stress, faim, désengagement et besoin de pause);

  • adapter les techniques pour une alimentation sécuritaire, efficace et agréable (ex. : positionnement, stimulation des réflexes, rythme, gestion du débit au sein ou au biberon et choix des biberons ou tétines);

  • encourager la participation active des parents en les guidant progressivement vers une autonomie confiante;

  • favoriser les échanges entre bébé et ses parents;

  • stimuler la communication dès les premiers jours de vie;

  • repérer les défis au niveau de l’alimentation et du développement dès les premiers signes.

Frein de langue : faut-il intervenir ?

Sous la langue se trouve une petite bande de tissu appelée frein de langue (ou frein lingual). Si le frein de langue est trop court, épais ou tendu (ankyloglossie), les mouvements de la langue peuvent être restreints, ce qui peut compliquer les boires.

Il existe également des freins au niveau des lèvres (freins labiaux) dit restrictifs, mais ceux-ci sont plus rares et les impacts sur les boires sont faibles. Les données scientifiques à ce sujet sont plus limitées.

Interventions possibles

Avant d’envisager une chirurgie, des interventions peuvent améliorer le confort du parent et l’efficacité des boires. Par exemple :

  • ajuster le positionnement au sein pour s’adapter à l’anatomie de bébé et du parent;

  • favoriser la mobilité de la langue en agissant au niveau des muscles et des mouvements de la bouche.

Pour les bébés nourris au biberon : adapter le positionnement, le rythme d’alimentation ainsi que le choix des biberons et tétines pour optimiser les compétences oro-motrices.

Rôle de l’orthophoniste

L’orthophoniste peut :

  • évaluer la mobilité de la langue et identifier les facteurs limitant les boires (frein, positionnement, contraintes musculosquelettiques);

  • proposer des ajustements de position et des stratégies pour rendre les boires plus efficaces, sécuritaires et confortables.

Ces interventions peuvent souvent suffire à améliorer la capacité du bébé à téter ou à réduire la douleur au niveau du sein. L’objectif des interventions est d’optimiser le confort et l’efficacité de l’alimentation en explorant toutes les solutions avant d’envisager une chirurgie.

Quand envisager la chirurgie (frénotomie ou frénectomie) ?

Si les difficultés de bébé à s’alimenter persistent malgré les interventions suggérées, il peut être indiqué de faire couper le frein de langue de bébé.

Ce qu’il faut savoir sur la chirurgie

Couper le frein de langue est une intervention chirurgicale appelée frénotomie (incision du frein antérieur) ou frénectomie (incision du frein postérieur). Elle peut être réalisée par les médecins ou les dentistes. Cette intervention comporte des avantages, mais aussi des risques et des limites. Elle peut améliorer l’allaitement et réduire la douleur maternelle dans les cas ciblés où les mesures non invasives ont échoué.

Toutefois, la chirurgie ne doit pas être réalisée à titre préventif si le nourrisson ne présente pas de difficultés d’alimentation.

La décision doit être réfléchie et adaptée à chaque situation, en tenant compte :

  • de l’historique d’allaitement et des données fonctionnelles et anatomiques

  • que toutes les ankyloglossies (frein de langue court, épais ou tendu) ne causent pas de problèmes d’alimentation.

Voici quelques questions à vous poser avant de procéder à une frénotomie ou une frénectomie chez le bébé.

Alternatives et évaluation

  1. Existe-t-il des alternatives moins invasives à la frénotomie ?

  2. Comment savoir si la procédure est vraiment nécessaire pour mon bébé ?

La procédure

  1. Quelle technique sera utilisée (ex. : laser, ciseaux ou bistouri?

  2. Combien de temps dure l’intervention ?

  3. Puis-je être présente ou présent avec mon bébé pour le réconforter ou le mettre au sein immédiatement après la procédure ?

  4. Quel type d’anesthésie ou de soulagement de la douleur sera utilisé ?

  5. Quels sont les complications possibles ? Comment sont-elles gérées ?

Bénéfices attendus

  1. Quels bénéfices spécifiques pour l’allaitement ou la succion peut-on espérer ?

  2. Quand peut-on s’attendre à voir des améliorations ?

Soins après la procédure

  1. Quels soins sont nécessaires à la maison ?

  2. Quels signes d’alerte doivent m’amener à contacter une professionnelle ou un professionnel ?

Suivi

  1. Combien de visites de suivi sont prévues ?

  2. Qui s’assurera que la succion et l’allaitement évoluent bien après l’intervention ?

Exercices post-chirurgie

Comme il n’existe aucun consensus scientifique sur les bénéfices des exercices pré ou post-chirurgie, il est recommandé de questionner votre médecin ou dentiste à ce sujet et suivre ses indications.

Alimentation des nourrissons : un travail d’équipe

L’évaluation des difficultés d’alimentation chez le nourrisson est souvent complexe et nécessite l’intervention d’une équipe interdisciplinaire. Selon les problématiques rencontrées, l’orthophoniste collabore avec les parents ou les réfère à la ou au médecin de famille ou spécialiste, à la ou au dentiste, à l’infirmière ou à l’infirmier, à la consultante ou au consultant en lactation certifiée, à l’ergothérapeute, à la ou au diététiste-nutritionniste, à la chiropraticienne ou chiropraticien ou à l’ostéopathe.

Tout au long du processus, l’orthophoniste conserve une perspective unique, centrée sur deux dimensions complémentaires :

Cette double approche positionne l’orthophoniste comme une personne clé, capable de soutenir simultanément la qualité de l’alimentation et de la relation parent-enfant.

Où consulter en orthophonie ?

Selon les régions et les disponibilités, il est possible de retrouver des orthophonistes œuvrant auprès des nourrissons dans les centres hospitaliers, les centres de réadaptations, les CLSC et en clinique privée.