Contexte

La notion de dépistage auditif est largement utilisée en santé auditive, mais son interprétation a longtemps varié selon les professions et les contextes de pratique.

Considérant les enjeux que cette diversité d’usages peut soulever pour la compréhension des rôles professionnels, l’organisation des services et, ultimement, la protection du public, l’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec (OOAQ), le Collège des médecins du Québec (CMQ) et l’Ordre des audioprothésistes du Québec (OAQ) ont mis sur pied un groupe de travail interordres sur les actes professionnels en santé auditive. À l’issue de leurs travaux, les trois ordres sont parvenus à un consensus quant à la définition du dépistage auditif.

Dépistage auditif : définition consensuelle

Le dépistage auditif consiste à identifier, au moyen d'un test appliqué de manière normalisée et suivant un protocole reconnu, les personnes qui sont plus à risque de présenter une perte auditive au sein d'une population de personnes asymptomatiques pour ce problème.

Le résultat d’un dépistage est soit normal ou anormal et ne permet pas de confirmer ou infirmer la présence d’un trouble. Les personnes présentant un résultat de dépistage anormal seront orientées vers un audiologiste ou un médecin en vue d'une évaluation et d’une prise en charge adaptée.

Dépistage auditif et implication de l’audiologiste

Bien que l’audiologiste ne réalise généralement pas directement les tests de dépistage auditif, son implication à d’autres niveaux n’en demeure pas moins pertinente.

En effet, dans un contexte où le dépistage auditif peut être réalisé dans une diversité de milieux, la contribution de l’audiologiste est essentielle pour en assurer la pertinence, la qualité et la continuité des activités ou des programmes de dépistage auditif. Par exemple, l’audiologiste peut maximiser la portée de son expertise en :

  • contribuant activement à l’encadrement des activités de dépistage auditif réalisées dans différents milieux;

  • assurant la qualité des protocoles, notamment en précisant les critères d’orientation;

  • formant et soutenant les personnes ou les milieux qui effectuent le dépistage;

  • mettant en place des corridors de services efficaces.

Ainsi, en réservant son intervention clinique aux situations où une évaluation ou une prise en charge audiologique est requise, notamment à la suite d’un résultat de dépistage anormal, l’audiologiste met à profit son expertise et ses compétences là où elles apportent la plus grande valeur ajoutée.

Une telle approche favorise une utilisation judicieuse des ressources professionnelles, assure au public une évaluation des troubles de l’audition rigoureuse et une prise en charge adaptée, et contribue globalement à la pertinence des soins en permettant l’intervention de la bonne professionnelle ou du bon professionnel, au bon moment.

« Une personne chez qui on suspecte un trouble de l'audition ou qui en présente des signes et symptômes doit être orientée d'emblée vers un examen diagnostique ou une prise en charge clinique par l'audiologiste ou le médecin, sans passer par le dépistage. »

*Cette citation est une adaptation tirée du Ministère de la Santé et des Services sociaux (2024). À propos du dépistage, récupéré sur : https://msss.gouv.qc.ca/professionnels/prevention-clinique/a-propos-depistage/differences-avec-autres-approches/

Évaluer les troubles de l’audition : une activité réservée aux audiologistes

Évaluer les troubles de l’audition consiste à déterminer, par un processus clinique structuré, l’existence ou l’absence, la nature, le degré, le mécanisme, l’origine et les manifestations fonctionnelles d’une altération réelle ou suspectée de la fonction auditive, qu’elle soit périphérique ou centrale, permanente ou transitoire, à partir de données subjectives et objectives recueillies, analysées et interprétées à la lumière des connaissances scientifiques propres à l’audiologie.

Cette évaluation implique nécessairement un jugement clinique sur l’intégrité du système auditif et l’état des fonctions de l’audition, permet de documenter son évolution et apprécier ses impacts fonctionnels, notamment sur la communication, la participation sociale, les activités quotidiennes, le fonctionnement scolaire ou professionnel et la qualité de vie de la personne.

L’évaluation peut avoir une portée diagnostique ou mener à une conduite à tenir. Ainsi, toute intervention, recommandation, adaptation, compensation, mesure, outil, stratégie ou orientation personnalisée fondée sur l’état réel ou présumé de l’audition présuppose nécessairement la reconnaissance, explicite ou implicite, d’un trouble de l’audition, laquelle constitue un jugement clinique et une activité expressément réservée à l’audiologiste.

Références et ressources complémentaires